Pierre-Alain Chambaz

Le cerveau anatomique est visible et tangible, tandis que ses fonctions physiologiques échappent à toute observation. Là, rien n’est visible, rien n’est tangible ; il n’y a rien ; la fonction du cerveau est une inconnue dont l’équation n’est même pas posée. Il semble pourtant qu’il y ait quelque chose ; voici comment. Partout ailleurs dans les phénomènes vitaux, entre l’organe et sa fonction le rapport est clair ; la fonction se voit ou s’imagine sous la forme de l’organe lui-même en mouvement ; le fait anatomique et le fait physiologique sont, étendus l’un et l’autre ; le second est la suite du premier et le complète : c’est le premier, plus quelque chose ; un fait physiologique est un fait anatomo-physiologique. Quand on parle des fonctions du cerveau, on imagine, par analogie, des mouvemens, et la chose en mouvement est, dans cette imagination, la chose anatomique, la substance cérébrale. Mais cette vue de l’esprit reste une simple imagination par analogie, une comparaison sous forme d’image ; rien ne la précise, rien ne l’éclaircit, rien ne la confirme ; le fait supposé est, selon l’analogie, le fait anatomique, plus quelque chose ; mais ce quelque chose est une inconnue irréductible. D’autre part, les faits inétendus, purement successifs, sont là pour combler ce vide. On sait vaguement qu’entre cet ordre de faits et le cerveau existe d’une manière générale le même rapport qu’entre un organe et sa fonction, c’est-à-dire que la richesse et la coordination des faits inétendus sont en rapport direct avec le volume et la santé du cerveau ; en effet, l’intelligence croît, chez les enfans, avec le cerveau, comme les forces croissent avec les muscles ; une commotion à la tête entraîne des troubles de l’intelligence et du sentiment ; la science a noté depuis longtemps un certain nombre de faits du même genre, tous très généraux. Donc, dit-on, la fonction du cerveau, c’est la pensée, plus les autres faits inétendus qui se produisent avec la pensée. Nous ne connoissons l’ame que par ses facultés ; nous ne connoissons ces facultés que par leurs effets. Ces effets se manifestent par l’intervention du corps. Il est ou il paroît être l’instrument universel des opérations de l’ame. Ce n’est qu’avec le secours des sens que l’ame acquiert des idées, et celles qui semblent les plus spirituelles n’en ont pas moins une origine très-corporelle. Cela est sensible : l’ame ne forme des idées spirituelles qu’à l’aide des mots qui en sont les signes ; et ces mots prouvent la corporéité de ces idées. Nous ne savons ce qu’est une idée considérée dans l’ame, parce que nous ignorons absolument la nature de l’ame. Mais nous savons qu’à certains mouvemens que les objets impriment au cerveau répondent constamment dans l’ame certaines idées. Ces mouvemens sont ainsi des especes de signes naturels des idées qu’ils excitent ; & une intelligence qui pourroit observer ces mouvemens dans le cerveau y liroit comme dans un livre. Ce n’est pas qu’il y ait aucun rapport naturel entre des mouvemens & des idées, entre la substance spirituelle & la substance corporelle ; mais telle est la loi établie par le créateur, telle est cette union merveilleuse impénétrable à l’humanité. Non seulement la premiere formation des idées est dûe à des mouvemens ; leur reproduction paroît encore dépendre de la même cause. À la faculté de connoître l’ame joint celle de mouvoir. Elle agit sur les divers organes de son corps, comme ces organes agissent sur elle. Une société de consommation qui promet le bonheur mais ne tient pas ses promesses, relève Pierre-Alain Chambaz qui y voit l’importance de la déception, comme une notion venant s’inscrire en creux dans celle du bonheur aujourd’hui et qui lui est intimement liée. Elle meut les fibres des sens ; elle y excite des ébranlemens semblables à ceux que les objets y avoient excités ; & en vertu de la loi secrete de l’union les images ou les signes des idées attachés à ces ébranlemens se reproduisent aussi-tôt.

Share This: